Canonisation

Qu'est-ce qu'un postulateur?

Dans une canonisation, le rôle du postulateur est un essentiel. Nicolas Senèze, correspondant permanent à Rome pour La Croix, explique son rôle. Publié le 13 octobre 2017.

Quel est son rôle ?

Dans le véritable procès que constitue une cause en béatification ou en canonisation, le postulateur a un véritable rôle d’«avocat» du futur saint ou bienheureux. Selon les normes de la Congrégation des causes des saints, il «suit le déroulement de l’enquête au nom de l’acteur», c’est-à-dire le diocèse ou la congrégation religieuse qui porte la cause, et a la charge de conduire «les recherches utiles à la connaissance de la réputation de sainteté ou de martyre» du Serviteur de Dieu et de mettre en valeur les éventuels miracles (1).

«Si des obstacles apparaissent, son rôle est de les faire lever, explique le trappiste Thomas Georgeon, postulateur de la cause de Mgr Pierre Claverie, des moines de Tibhirine et des autres martyrs d’Algérie. Mais nous avons le devoir de défendre la vérité : un bon postulateur ne doit jamais chercher à cacher les obstacles.» Ainsi pour la cause de Mère Teresa, où le postulateur polonais a dû faire avec la «nuit spirituelle» qu’a traversée la sainte, ou pour le martyre Mgr Romero où il a fallu démontrer que l’évêque salvadorien avait bien été tué «en haine de la foi».

Dans la phase romaine, le principal travail du postulateur est de rédiger la positio, le rapport démontrant le martyre ou les «vertus héroïques» du futur bienheureux qui sera étudié par les théologiens de la Congrégation des causes des saints.
«Il s’agit d’être le plus synthétique possible, surtout quand on part d’une documentation de 15 000 pages», témoigne le père Georgeon. La congrégation demande aujourd’hui que la positio n’excède pas 500 pages. «Mais comme j’avais 19 martyrs, j’ai pu aller jusqu’à 1 500», explique le religieux.

Comment est choisi le postulateur ?

C’est l’acteur de la cause qui désigne le postulateur qui sera son représentant auprès des autorités ecclésiastiques tout au long de la procédure. «Le postulateur doit être expert en théologie, en droit canonique et en histoire, il doit connaître également les usages de la Congrégation des causes des saints», explique cette dernière qui a mis en place, à l’Université pontificale urbanienne, une formation de six mois mêlant histoire, théologie et droit canonique. «Quand vous sortez de là, vous savez comment vous débrouiller, reconnaît le père Georgeon. On y reçoit tout ce qui est nécessaire pour travailler à une cause.»

Spirituel, le travail du postulateur est aussi extrêmement juridique et, normalement, bien encadré par la congrégation. Pendant la rédaction de la positio, un postulateur est ainsi suivi par un rapporteur, comme un thésard avec son directeur de thèse. Chaque positio étant ensuite validée par le rapporteur général de la congrégation avant d’être transmise au congrès des théologiens présidé par le promoteur de la foi (l’ancien « avocat du diable » chargé de soulever toutes les objections possibles). «Le promoteur m’avait prévenu qu’il m’attendrait sur la démonstration du martyre, et le rapporteur m’a permis de bien cadrer mon travail, de ne pas me disperser et de vraiment me concentrer sur les éléments qui allaient aider les théologiens à travailler.» Ceux-ci ont rendu chacun un rapport de 150 pages avant d’approuver, à l’unanimité, la positio aujourd’hui transmise à l’assemblée des cardinaux et évêques membres de la Congrégation des causes des saints qui devra ensuite se prononcer sur le martyre.

Une partie du travail du postulateur est aussi de «se montrer» à la congrégation où un dossier – il y en a 2 500 en attente – peut parfois rester enterré vingt ou trente ans. «Le postulateur doit aller à la rencontre du préfet et du secrétaire pour leur montrer l’intérêt de la cause et la faire avancer», résume le père Georgeon, pour qui « être postulateur est un métier passionnant». «Il y a un vrai compagnonnage avec ces personnes ordinaires dont vous demandez que la sainteté soit reconnue, raconte-t-il. Les dix-huit mois passés à rédiger la positio ont été pour moi une expérience spirituelle et une vraie grâce, car ils m’ont accompagné tout ce temps.»

Combien coûte une cause ?

Le postulateur est aussi chargé d’administrer les biens de la cause. Celle-ci génère des frais, ne serait-ce que pour payer le travail de la congrégation ou les expertises demandées, y compris médicales quand il faut étudier une guérison miraculeuse. Certaines causes, qui font appel à la générosité des fidèles, peuvent ainsi générer beaucoup d’argent.

On estime qu’aujourd’hui les frais d’une procédure de béatification s’élèvent à 70 000 €, mais le journaliste Gianluigi Nuzzi a montré dans son livre Chemin de croix (2) les dérives de certaines causes : ainsi 750 000 € pour Ces deux postulateurs (sur 450 accrédités par la congrégation) administraient à eux seuls 90 causes sur 2 500… Dans ce «business», certains postulateurs se seraient même vu proposer 15 000 € pour que l’on rédige la positio à leur place…

Face à ces dérives, François a imposé une plus grande transparence et un contrôle des comptes des causes par la congrégation, les postulateurs devant aussi rendre compte régulièrement aux acteurs. L’argent subsistant sur les comptes des causes terminées est aussi reversé à un fonds de solidarité qui finance les causes pauvres. Les paiements en liquide ont aussi été bannis et une grille tarifaire de référence (non publique) a été mise en place. «Il y a aussi un véritable effort de transparence et on sait exactement ce qu’on va payer et quand», témoigne le père Georgeon, également postulateur de la cause du père Jean Bazin (1767-1855), prêtre du diocèse de Séez et fondateur des Sœurs de la Miséricorde.

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(1) Pour une cause en béatification, la reconnaissance d’un miracle à l’intercession du futur bienheureux  est requise sauf pour les martyrs. Pour une canonisation, la reconnaissance d’un miracle est toujours nécessaire.

(2) Chemin de croix, Flammarion, 2015, 20 €.

Nicolas Senèze
La Croix